L’Amour à l’imparfait…


…lorsqu’il n’est pas partagé…

Oui, dès l’instant où je vous vis,

Beauté féroce, vous me plûtes;

De l’amour qu’en vos yeux je pris,

Sur le champ, vous vous aperçûtes,

Mais de quel air froid vous reçûtes

Tous les soins que pour vous je pris!

Combien de soupirs je rendis?

De quelle cruauté vous fûtes?

Et quel profond dédain vous eûtes

Pour le vœux que je vous offris!

En vain, je priai, je gémis,

Dans votre dureté vous sûtes,

Mépriser tout ce que je fis;

Même un jour je vous écrivis

Un billet tendre que vous lûtes,

Et je ne sais comment vous pûtes,

De sang froid, voir ce que je mis,

Ah! Fallait-il que je vous visse,

Faillait-il que vous me plussiez,

Qu’ingénument je vous le dise,

Qu’avec orgueil vous vous tussiez;

Fallait-il que je vous aimasse,

Que vous ne désespérassiez

Et qu’en vain je m’opiniâtrasse

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m’assassinassiez!

 Alphonse ALLAIS (1854-1905)